Incendies est un film québécois de 203 minutes de Denis Villeneuve, sorti en salle en 2010. Dont les personnages principaux sont Rémy Girard dans le rôle de Lebel, Mélissa Désormeaux-Poulin dans celui de Jeanne Marwan, Maxim Gaudette dans le rôle de Simon Marwan et ELubna Azabal incarnant Nawal.


D'après la pièce éponyme de Wajdi Mouawad, Denis Villeneuve crée un chef d'oeuvre, mêlant deux genres presque contradictoires.

Affiche

 

A la lecture du testament de leur mère, Jeanne et Simon Marwan se voient remettre deux enveloppes : l’une destinée à un père qu’ils croyaient mort et l‘autre à un frère dont ils ignoraient l’existence.
Jeanne voit dans cet énigmatique legs la clé du silence de sa mère, enfermée dans un mutisme inexpliqué les dernières semaines précédant sa mort. Elle décide immédiatement de quitter le Canada et partir au Moyen Orient exhumer le passé de cette famille dont elle ne sait presque rien …
Simon, lui, n’ a que faire des caprices posthumes de cette mère qui s’est toujours montrée distante. Mais son amour pour sa soeur jumelle le poussera bientôt à rejoindre Jeanne et à sillonner avec elle le pays de leurs ancêtres sur la piste d’une mère bien loin de celle qu’ils ont connue.


Sur fond de You and Whose Army? de Radiohead et de flash-back, le passé de Nawal, mère des jumeaux nous est dévoilé... jusqu'à un dénouement qui frise l'horreur...

 

images2

 

Peut-on qualifier un film de tragédie grecque ?
Je ne sais pas.
Mais peut-on qualifier Incendies de tragédie grecque ?
Irrémédiablement, oui.


Sur un aspect purement historique, il est possible de considérer qu' Incendies narre les tensions incessantes opposant les chrétiens et les musulmans, dans le monde arabe.

Mais au delà de cela, indéniablement, le souffle de la tragédie plane sur tout le film.
Ces guerres de religion ne sont plus que le cadre d'un terrible drame, une excuse pour présenter une tragédie éffrénée.


Dans sa Poétique, Aristote décrivit ce qu'il appella « la catharsis ». Ce mélange de terreur et de pitié, nécessaire à toute bonne tragédie. Dans Incendies, Denis Villeneuve, aidé de Sophocle, insuffle le douloureux thème de l' inceste à l' oeuvre.

Tel Oedipe, le fils devient le père.
Tel Phèdre, il est fautif mais non coupable.
Tel Andromaque, le fils est piégé dans deux époques distinctes, celle de la mère mais aussi celle des enfants.


Ce qui pose l' inéluctable question de la tragèdie : est-il victime ou bourreau ?

Les indices du terrible dénouement nous sont chuchotés par des alizés récurrents que l'on a du mal à interpréter.


Telle une tragédie, la crise dure longuement, ponctuée par des retours en arrières, qui intensifient la tension. Jusqu' à la révélation finale, véritable typhon, qui ne s'effectue que dans les dernières minutes. La fatalité s' abat alors, indéniable et intransigeante. Bourrasque dévastatrice, elle nous laisse estomaqué, abasourdi, soufflé
On ne sait que penser, on ne veut y croire. « Non, se dit-on, ce n'est pas possile ! »

 

images1

 


Pourtant, la dernière scène du film que l'on pourrait qualifier d' excipit, laisse entrevoir un vent de douceur, contrastant avec le mistral glacé qui a suffoqué le spectateur, lors de l' ultime révélation. Nihad, le fils est assailli par un tourbillon de souvenirs pour finalement se laisser emporter par l'apaisement, que le pardon de sa mère lui offre, par une après-midi ensoleillée.


Outre mesure, certain s'attacheront à ne pas considérer ce film comme une véritable tragédie grecque « Personne de véritablement ''intéressant'' n' y meurt » dirait-il. Nous leur ferons alors la même réponse que Racine lors de la parution de
Bérénice, car il est explicite que toute l' horreur s'est déroulée durant les deux heures précédentes.


Incendies, certes, film de guerre contemporain a malgré tout, toute sa place dans l'immense fresque des plus grandes tragédies antiques.

 

Vivienne FURIA